
Chronique des matières premières
La Turquie profite de l'explosion des importations d'œufs en Europe
Ukraine, Turquie, Chine, États-Unis, ces pays ont en commun d'être des partenaires qui comptent de plus en plus pour l'approvisionnement européen en œufs. Sur les 8 premiers mois de l'année, l'Europe a importé autant que sur toute l'année dernière. De janvier à mi-août 2026, l'Europe a importé 146 000 tonnes d'œufs – soit 76 % de plus qu'en 2025 pour la même période –, selon les données de l'Institut technique des filières avicole, cunicole et piscicole (Itavi). Il s'agit essentiellement d'œufs coquilles, mais pas que : près d'un tiers des œufs sont arrivés en Europe sous forme d'ovoproduits, c'est-à-dire de blancs et de jaunes liquides ou en poudre, des préparations majoritairement destinées à l'industrie agroalimentaire et à la restauration collective. Les importations ont profité à l'Ukraine, le premier fournisseur hors UE, mais aussi à la Macédoine du Nord, à la Chine ou encore aux États-Unis qui ont vu leurs exportations vers l'Europe bondir de 2 600 % – passant de 180 tonnes en 2025 à 5 000 tonnes, précise Mohamed Bouzidi, agroéconomiste au sein d'Itavi. Il y a deux ans le pays était en grande difficulté, mais la pénurie a laissé place à l'abondance, les prix se sont effondrés, ce qui a poussé les producteurs américains à exporter là où les prix sont beaucoup plus intéressants. La Turquie, deuxième fournisseur hors UE Un autre pays connaît une explosion de ses ventes, la Turquie. Le pays est devenu le deuxième fournisseur de l'UE, après l'Ukraine. Avant 2022, la Turquie n'exportait rien en Europe, cette année elle a déjà fourni 30 000 tonnes – dont 27 000 tonnes d'œufs coquille –, en particulier à la Pologne où ces œufs sont transformés dans des casseries. Pendant des années la Turquie a été le premier exportateur d'œuf coquille et participait à un tiers du commerce mondial, explique Mohamed Bouzidi. Depuis que son client principal, l'Irak, a revu sa stratégie d'importation, elle exporte au Moyen-Orient mais dispose largement de quoi aussi alimenter l'Europe. Sur le marché européen, l'œuf se vend entre 15 et 18 centimes actuellement, c'est deux fois plus que le prix sur le marché turc et donc particulièrement attractif. À ce prix-là, tout le monde trouve un intérêt à vendre à l'Europe. En plus des gros fournisseurs, la Bosnie, la Moldavie, l'Albanie, ou encore l'Argentine ont augmenté leurs volumes. Demande européenne en hausse La demande européenne est en hausse parce que l'œuf représente une protéine bon marché et qu'il est le chouchou des régimes ultra-protéinés qui ont la cote sur les réseaux sociaux. Ces importations s'inscrivent aussi dans un contexte européen difficile, précise l'expert d'Itavi, avec la multiplication des cas de grippe aviaire depuis 2022 et l'émergence de la maladie de Newcastle qui a fait des dégâts considérables dans les élevages polonais et espagnols. La production européenne n'arrive donc plus à répondre à la demande. À lire aussi L'Europe obligée d'importer des œufs face à une consommation qui explose

