
Éco d'ici éco d'ailleurs
Les grands invités de la saison d'Éco d'ici Éco d'ailleurs
Tensions géopolitiques, commerce international, souveraineté, nouvelles technologies, transition énergétique, matières premières, emploi, formation et inégalités : cette saison, « Éco d’ici, Éco d’ailleurs » et « Le grand invité de l'économie RFI - Jeune Afrique » a donné la parole à des dirigeants, entrepreneurs, experts et décideurs pour décrypter les grandes transformations en cours entre Afrique, Europe et reste du monde. Voici une sélection de certains des entretiens les plus marquants. Retrouvez ici nos invités en vidéo Grégory Clerc : Castel mise sur l’Afrique et la décentralisation Directeur général du groupe Castel depuis 2023, Grégory Clerc est revenu sur la transformation d’un groupe mondial du vin et des boissons, particulièrement implanté en Afrique. Au-delà de la gouvernance et de la succession au sein du groupe, il a défendu une stratégie fondée sur la croissance africaine et sur la capacité de Castel à s’adapter à un continent en pleine mutation. L’un des points forts de son intervention concerne l’organisation du groupe : Grégory Clerc revendique un modèle largement décentralisé, laissant une importante marge de décision aux filiales et à leurs dirigeants. Une manière, selon lui, de rester au plus près des réalités locales et de préserver l’agilité du groupe. Autre enjeu majeur : la sécurité. Malgré les difficultés rencontrées dans certains pays du Sahel, en République démocratique du Congo ou en Centrafrique, Castel n’envisage pas de retrait de ses marchés africains. Le groupe assume une stratégie de long terme fondée sur la connaissance du terrain et la résilience. Alahassane Diakité : le cacao ivoirien face à la volatilité des marchés La crise du cacao a constitué l’un des grands sujets agricoles de la saison. Alahassane Diakité, directeur général de la Maison du Cacao et de Diakité Cocoa Products, a livré son analyse d’une filière confrontée à la volatilité des cours, à la spéculation, aux stocks et aux difficultés rencontrées par les producteurs ivoiriens. Pour lui, l’une des réponses passe par l’accélération de la transformation locale. La Côte d’Ivoire compte déjà plusieurs usines de transformation et l’objectif affiché est d’augmenter encore cette capacité afin de contribuer à stabiliser la filière et à créer davantage de valeur sur place. Autre combat : permettre aux producteurs et aux coopératives d'accéder davantage aux marchés à terme et de mieux maîtriser leurs risques. Une question essentielle dans une filière exposée aux mouvements des marchés internationaux et aux stratégies des grands négociants. L’entretien a également porté sur la gouvernance de la filière et sur la nécessité, selon Alahassane Diakité, de maintenir le débat sur le cacao à distance des affrontements politiques. Une position qui prend une dimension régionale alors que la Côte d’Ivoire et le Ghana, deux poids lourds mondiaux du cacao, cherchent à renforcer leur coopération pour peser davantage sur les marchés internationaux. Athina Argyriou : l’automobile européenne face aux offensives chinoise et américaine L’industrie automobile est elle aussi au cœur des bouleversements mondiaux. Athina Argyriou, déléguée générale de la CSIAM ( Chambre Syndicale Internationale de l'Automobile et du Motocycle) , a analysé la montée en puissance des constructeurs chinois, la politique protectionniste américaine et les difficultés auxquelles les constructeurs européens doivent répondre. Elle souligne notamment les atouts industriels de la Chine : une importante capacité d’ingénierie, un effort considérable de recherche et développement et un appareil industriel capable de mettre rapidement de nouveaux produits sur le marché. Face à cette concurrence, elle met en garde contre la tentation européenne du protectionnisme. Pour elle, la compétitivité passe davantage par le maintien d’une base industrielle solide, l’innovation et l’indépendance énergétique. La transition vers la voiture électrique constitue évidemment l’un des grands enjeux. Athena Argyriou estime que le choix américain de ralentir cette évolution risque de pénaliser l’industrie des États-Unis elle-même, tandis que l’Europe doit continuer à investir dans cette transformation pour préserver sa compétitivité. Baba Hady Thiam : Simandou, le pari minier de la Guinée Avec Baba Hady Thiam, avocat d’affaires franco-guinéen, l’émission s’est penchée sur l’un des projets miniers les plus importants du continent : Simandou. Un projet intégré associant extraction de minerai de fer, infrastructures ferroviaires, installations portuaires et transformation locale. Pour la Guinée, l’enjeu dépasse largement l’exploitation du minerai. Simandou doit devenir un catalyseur permettant de développer d’autres secteurs de l’économie et de sortir du piège traditionnel de la dépendance aux matières premières. Baba Hady Thiam insiste cependant sur une condition essentielle : la réussite dépendra de la capacité à exécuter concrètement les plans annoncés. L’autre grand sujet est celui du contenu local. L’enjeu ne doit pas simplement être de fixer des pourcentages minimums d’emplois ou de contrats attribués aux entreprises nationales. Il doit, selon lui, permettre une véritable montée en gamme des compétences locales afin que les entreprises guinéennes soient capables, demain, de prendre en charge des projets de plus en plus complexes. Amal El Fallah Seghrouchni : construire une souveraineté numérique africaine L’intelligence artificielle et la souveraineté numérique ont occupé une place centrale dans la saison. À Marrakech, à l’occasion du Gitex Africa 2026, Amal El Fallah Seghrouchni, ministre marocaine chargée de la transition numérique, a défendu une vision d’une IA souveraine et durable. La souveraineté ne se résume pas au stockage des données. Elle suppose également des infrastructures, des capacités de calcul, des datacenters, une connectivité et surtout une réglementation capable de protéger les données et d’encadrer leur utilisation. La ministre marocaine plaide également pour une coopération accrue entre les pays africains. Plutôt que de reproduire les modèles européens ou asiatiques, elle défend une « troisième voie » africaine de l’intelligence artificielle et de la technologie, fondée sur le partage des données, des talents et des capacités de calcul. El Mouhoub Mouhoud : immigration, école et mobilité sociale L’économiste El Mouhoub Mouhoud, spécialiste de la mondialisation et président de l’université PSL, a abordé l’économie à travers son propre parcours et son ouvrage « Le Prénom ». Son intervention a permis de revenir sur l’immigration économique, mais aussi sur la réussite scolaire des enfants issus de l’immigration. Il dénonce une vision du débat public qui se concentre sur les situations les plus visibles, qu’il s’agisse de la délinquance ou des réussites sportives, en oubliant la masse de jeunes issus de l’immigration qui réussissent par l’école. L’apprentissage apparaît à ses yeux comme un outil particulièrement efficace contre les discriminations à l’embauche : une fois les jeunes présents dans l’entreprise, leurs compétences peuvent s’exprimer concrètement et les préjugés liés au nom ou au territoire peuvent reculer. Il invite également à dépasser l’idée d’une méritocratie selon laquelle la réussite ne dépendrait que de la volonté individuelle. L’accès à l’école, la transmission familiale, le goût de l’effort et les conditions sociales jouent un rôle déterminant dans les trajectoires. Thierry Marx : immigration, emploi et transmission des savoir-faire Pour clôturer cette sélection, Thierry Marx a apporté son regard de chef cuisinier et de président de l’Union des métiers de l’hôtellerie et de la restauration. Son parcours personnel, marqué par une scolarité difficile avant de devenir l’un des grands chefs français, a servi de point de départ à une réflexion sur la formation, l’apprentissage et l’immigration économique. Dans un secteur qui emploie une importante proportion de travailleurs issus de l’immigration, Thierry Marx insiste sur les situations concrètes des personnes formées et employées dans l’hôtellerie-restauration, notamment celles qui peuvent se retrouver confrontées à des difficultés administratives après leur apprentissage. La transmission est également au cœur de son intervention. Pour Thierry Marx, former ne consiste pas à reproduire mécaniquement un modèle : transmettre un savoir-faire doit permettre à celui qui apprend de devenir autonome, de développer sa curiosité et, à son tour, de transmettre.

