
La fabrique du monde
Les lieux de pouvoir: le Berlaymont, navire amiral de l'Union européenne
Notre chronique sur les lieux de pouvoir nous emmène au siège de la Commission européenne. Dans le petit monde de l’Union européenne (UE), on appelle ce bâtiment le Berlaymont. Construit à la fin des années 1960 sur la propriété du couvent des Dames de Berlaymont, un ancien pensionnat pour jeunes filles, le bâtiment est en forme de croix asymétrique. Mais la grande innovation pour l’époque, c’est que seul son axe central touche le sol. Quelle impression donne le bâtiment ? On est dans un immeuble administratif, imposant, intimidant et un peu froid. Catherine Ray connaît bien le Berlaymont. Porte-parole de l’ancienne cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini, Catherine Ray anime aujourd’hui « À quoi tu sers ? », un podcast sur les métiers de l’Europe. Elle raconte ses premières impressions quand elle est entrée dans ce bâtiment : « J'ai eu à vrai dire une impression plutôt de respirer, de lumière, de bâtiments très modernes. Ce n’était pas un bâtiment gris en fait, c'est un bâtiment assez coloré à l'intérieur. Il y a plein d'œuvres d'art de différents artistes européens. Ce qui m'a aussi frappé, c'est que c'est un bâtiment assez labyrinthique. C'est un bâtiment assez compliqué avec plein de niveaux. On ne s'y retrouve pas toujours, un peu comme au Parlement européen. Mais pour autant, c'est un bâtiment, je dois dire, dans lequel je me suis toujours sentie assez bien, parce que justement moins compassé, moins lourd que les bâtiments français dans lesquels l'histoire pèse très fort. » Concrètement, à quoi sert le Berlaymont ? C’est le lieu où les commissaires rencontrent les dirigeants étrangers, organisent leurs réunions et rencontrent la presse. Mais il y a d’autres endroits, plus confidentiels. Catherine Ray a bien voulu dévoiler certains secrets du Berlaymont. « C'est un bâtiment qui vit quasiment de 7 h à 22 h. On peut y trouver des cafés, des cafétérias, des salles de sport. Pour l'anecdote, il y a même un sauna parce que les pays nordiques avaient insisté à l'époque pour qu'il y ait un sauna. Certains commissaires ont même fait des petits briefings presse dans le sauna - je ne donnerai pas de nom ! Il y a un petit cinéma. Ça m'est arrivé de tomber nez à nez avec un chef d'État ou des ministres. On ne s'y attend pas toujours, donc ça crée des moments assez cocasses dans les ascenseurs ou dans un couloir. Des gens qui sont perdus aussi qu'on peut accompagner à leur salle de réunion . » À lire aussi Les lieux de pouvoir: le palais présidentiel à Abidjan, un lieu chargé d’histoire Un lieu de pouvoir, celui d’Ursula von der Leyen L’ancienne ministre allemande en a fait sa forteresse. Elle y travaille et elle y vit. À son arrivée à la tête de la Commission, elle a fait aménager un studio de 20 m² (avec salle de bains) à côté de son bureau. Grosse polémique à l’époque : les travaux avaient coûté 72 mille euros à l’ Europe . Circonstance aggravante : Ursula von der Leyen n’a pas renoncé à percevoir une partie de son indemnité de résidence, alors qu’elle loge gratuitement au Berlaymont. C’est aussi le signe d’un pouvoir centralisé, comme certains le lui reprochent ? Autrement dit : la Commission, c’est elle ! Ses détracteurs l’accusent de concentrer tous les pouvoirs, sans tenir compte de ses 27 commissaires. C'est d'ailleurs au siège de la Commission que se négocient parfois les textes les plus importants : le pacte asile et migration, pour ne citer que lui. Elle décide bien souvent seule. Avec elle, que ça plaise ou non, le Berlaymont a gagné sa place sur la carte des lieux de pouvoir, au même titre que l’Élysée ou Downing Street. À lire aussi Les lieux de pouvoir: le Kremlin, un lieu sacré, symbole de la puissance de la Russie

