
Questions d'environnement
Les leçons d'un été brûlant: comment les canicules ont-elles changé nos vies? [3/4]
Sueur et ventilateur. En enchaînant cinq canicules en trois mois, les Français ont expérimenté de plein fouet la vie sous réchauffement climatique. Un « été pourri », il y a quelques années, c’était un été frais et pluvieux. Mais un « été pourri », aujourd'hui, c'est l'été que vous venez de vivre, où vous avez parfois eu l'impression de survivre – on exagère à peine. Les canicules que les Français viennent d’enchaîner - cinq en trois mois - n’impliquent pas qu’un changement de vocabulaire ; elles ont aussi changé la vie. Pour une très grande majorité des Français, à 77 %, les canicules ont eu un impact sur la qualité de la vie quotidienne, et même sur leur humeur, pour 51 % des sondés. D'abord, vous avez explosé votre consommation d'eau. Pour remplacer la piscine que vous n'avez pas, vous n'avez jamais pris autant de douches, et vous vous êtes dit : « En fait l'eau froide, c'est pas si froid », surtout qu'au robinet elle coulait plutôt tiède. Vous avez parfois dû boire quatre litres d'eau par jour, et tout ça sans faire des allers-retours aux toilettes. En revanche, vous avez beaucoup transpiré. Confinés sous un toit brûlant Les Français ont dû s'adapter, et s'adapter, ici, veut dire ne rien faire. Comme 45 % des Français, vous avez décalé ou annulé des sorties, parce que 33°C à la maison, c'est toujours plus frais que 40°C dans la rue. Assommé à scroller sur votre téléphone en surchauffe, qui faisait aussi radiateur, vous êtes restés confinés chez vous. Cela vous a rappelé des souvenirs et vous étiez à deux doigts d'applaudir les pompiers tous les soirs à 20 heures. Vous avez peut-être appris à fermer vos volets la journée, si vous aviez des volets ; près de la moitié des logements en France en sont dépourvus de protection ou sont mal protégés du soleil. Et ne parlons pas de l'isolation des murs. Ces canicules ont révélé la vulnérabilité des habitations. Partout on a crevé de chaud, en particulier sous les toits, et même dans des appartements récents, pourtant construits selon les dernières normes ; conçus pour garder la chaleur l'hiver, manque de bol, ils gardent aussi la chaleur l'été. Passion ventilateur La qualité du sommeil s'en est ressentie. Comme huit Français sur dix, vous avez mal dormi, voire pas dormi du tout. C'était tellement chaud, tellement torride, que vous avez couché avec un ventilateur, avant de penser à l'épouser. Quand d'autres ont carrément craqué pour un climatiseur. Fin juin, il s'est vendu en deux semaines en France près de 2 millions de climatiseurs et de ventilateurs. Mais il a quand même fallu aller travailler, épuisé par des nuits tropicales alors que vous n'étiez pas en vacances sous les tropiques. Vous avez débarqué au boulot en short, et tant pis pour la pudeur et votre réputation vestimentaire. Exilé climatique, vous avez renié le télétravail et redécouvert les joies du présentiel en présence de la climatisation au bureau. Mais parfois la clim était en panne, ou à bout de souffle d'air tiède, et vous avez remué ciel et terre pour décrocher non pas une augmentation de salaire mais juste un ventilateur. Au service environnement de RFI, on n'a jamais autant reçu de mails désespérés – mais c'est le service climat, pas le service climatisation. Travail à la peine Même quand vous n'étiez pas sur un chantier en plein cagnard, ou dans un atelier surchauffé, vous avez travaillé un peu moins vite, un peu moins. Votre productivité a baissé de 10 % en moyenne, et vous vous êtes dit : « Mais ils font comment en Afrique ? » Ces canicules auront, de fait, un coût financier important, entre 10 et 15 milliards d'euros pour la France, selon une estimation de l'Insee. Les commerces et les restaurants ont perdu cet été 10 % de leur chiffre d'affaires, et le gouvernement a dû prolonger les soldes (« sa première mesure anti-canicule », a ironisé le mouvement Attac). À titre personnel, vous envisagez un crédit à la consommation pour acheter des légumes qui vont devenir hors de prix (puisqu’ils ont brûlé sur la plante). Oui, votre vie a changé le temps d'un été brûlant. Mais l'automne sera là, bientôt, et peut-être aurez-vous déjà tout oublié ? À lire aussi Canicules: comment les vagues de chaleur pèsent-elles sur l'économie en Europe?

