
Reportage Afrique
Les actrices des luttes anticoloniales: Zèle Rasoanoro, la première femme journaliste de Madagascar [9/10]
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, alors qu’elle est âgée d'à peine 20 ans, Zèle Rasoanoro écrit dans les journaux nationalistes de la Grande Île pour dénoncer l’ordre colonial et imaginer un Madagascar indépendant. Sa lutte prendra aussi la forme du syndicalisme et des actions de solidarité. Mais à l’idéalisme de la jeune militante aux convictions marxistes succéderont, après la décolonisation, la résignation et la solitude face à une indépendance inachevée. De notre correspondant à Antananarivo, À la fin des années 1940, les journaux nationalistes malgaches fleurissent, une effervescence intellectuelle et militante s’empare d’Antananarivo. Une femme, Zèle Rasoanoro, prend la plume. Elle n’est entourée que de rédacteurs masculins. « Zèle Rasoanoro est la première femme malgache journaliste, explique l’historien Georges Radebason. Elle publiait ses idéaux nationalistes, ses idéaux indépendantistes, à travers ses articles dans les journaux du MDRM, le Mouvement démocratique de la rénovation malgache. » Après l’insurrection du 29 mars 1947 contre la domination française, des milliers de militants du MDRM sont arrêtés. Zèle Rasoanoro échappe dans un premier temps à la prison avant d’être incarcérée en 1948. « À sa sortie de prison en 1950, elle ne se laisse pas intimider par la répression coloniale, poursuit l'historien. Elle rejoint le comité de solidarité de Madagascar, une organisation qui militait pour l’amnistie des prisonniers politiques, liés à l’événement de 1947. » À lire aussi Les actrices des luttes anticoloniales: en Côte d'Ivoire, les marcheuses de Grand-Bassam [1/10] « Syndicalisme, journalisme, activités politiques nationalistes étaient étroitement mêlés » La journaliste se nourrit de théories marxistes et milite aussi dans une section du syndicat CGT aux côtés de la militante malgache Gisèle Rabesahala et d’un groupe de communistes français. « Syndicalisme, journalisme, activités politiques nationalistes étaient étroitement mêlés à l’époque , souligne l’historienne Lucile Rabearimanana. Zèle Rasoanoro faisait une genèse des structures politiques de Madagascar, avant et pendant la colonisation, et ce qu’elle préconisait pour l’avenir d’un Madagascar indépendant. Des analyses politiques que j’ai vraiment admirées pour l’époque. Elle était hardie et audacieuse. » En 1956, épuisée par le harcèlement des forces coloniales, Zèle Rasoanoro rejoint le Parti social-démocrate du futur président malgache Philibert Tsiranana, un anticommuniste notoire. Une trahison pour ses amis. Lucile Rabearimanana a rencontré Mama Zèle, comme elle était surnommée, dans les années 1980. « Malgré les changements politiques, elle ne trouvait pas qu’il y avait des progrès sur le plan idéologique, politique, social, pointe l'historienne . Ce n’était pas l’indépendance pour laquelle ils avaient milité de manière passionnée. Elle se sentait impuissante et résignée devant l’évolution sociale et politique de l’époque . » Seule et indigente, Zèle Rasoanoro s’éteint en 1987. Son nom, aujourd’hui, reste inconnu de la majorité des Malgaches. À lire aussi Les actrices des luttes anticoloniales: Muthoni wa Kirima, figure féminine des Mau Mau [2/10]

